Le linge basque poursuit sa mue

04 septembre 2018
Par : Céline Vautard

Remises au goût du jour, les rayures de ce tissu authentique séduisent une nouvelle clientèle. Retour sur une histoire.

Tissage de Luz, Artiga, Lartigue 1910, Ona Tiss, Jean Vier, Euskal Linge, etc. Au Pays basque, les maisons spécialistes de la fameuse toile sont nombreuses. A l’origine en lin (alors encore cultivé dans la région), celle-ci, appelée mante à bœuf, servait à protéger les bœufs des parasites (on leur en recouvrait le dos). Puis, le tissu trouva sa place dans les maisons, rehaussé de 7 rayures symbolisant les 7 provinces basques (4 espagnoles et 3 françaises) : chacune avait ses couleurs et les tisserands leur savoir-faire. An- crée dans l’histoire régionale, si la toile basque a toujours séduit les touristes, elle a aussi connu des hauts et des bas. Depuis une dizaine d’années, le renouveau est au rendez-vous et, avec lui, un regain d’intérêt pour les véritables acteurs.

Hisser haut la couleur « Nous avons été parmi les premiers à détourner le linge original pour l’adapter aux intérieurs contemporains, raconte Quitterie Delfour qui a repris la marque Artiga en 2000. A l’époque, nous avons d’abord apporté de la couleur et de nombreux clients nous disaient que ce n’était plus du linge basque. Mais notre force a été de bousculer les codes classiques du pays et faire ce que les autres ne faisaient pas. » Nappes, serviettes, sets,chemins de table, torchons, c’est toute la cuisine qui aujourd’hui vibre de couleurs mais se veut aussi pratique. « Si le lin ou le coton demeurent, nous proposons désormais toutes nos toiles en version enduite, souligne Jérôme Fanfare, directeur général de Tissage de Luz et 5e génération de l’entreprise familiale. Nous avons relancé les collections à coup d’innovation et de style tout en gardant notre savoir-faire. »


DES MAISONS LABELLISÉES

 Les véritables maisons de linge basque labellisées sont au nombre de quatre sur le marché : Tissage Moutet et Lartigue 1910 font partie des Entreprises du patrimoine vivant (EPV), tandis qu’Artiga et Tissage de Luz bénéficient du label Origine France Garantie (OFG).

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De l’intérieur vers l’extérieur

La cuisine n’est plus l’unique terrain de jeu de ces marques. Pour perdurer, elles ont aussi osé la diversification. « Notre idée a été de faire du linge basque un véritable accessoire de vie », explique Quitterie Delfour. Chiliennes, coussins, sacs, tote bags, trousses ou espadrilles (autre savoir-faire de la région), la toile se prête à de nombreuses utilisations.

« Nous travaillons nos toiles en trois lès différents (160 à 170 cm pour la cuisine, 45 cm pour la décoration et les accessoires et 15,5 cm pour l’espa- drille) pour des utilisations bien distinctes. Notre but est d’offrir des produits pour tous les jours aussi bien pour l’intérieur que l’extérieur » poursuit-elle. Un art de vivre que les autres noms de la région cultivent aussi. « Si la table reste un univers dynamique surtout dans nos régions, la décoration et les accessoires nous ont permis de conquérir d’autres clients et pays », confirme Jérôme Fanfare.


L’export à la hausse 

Car les rayures ont aussi la cote en Europe et à l’étranger. « Ce sont des marchés en progression, assure Mayalen Pondaven Hourcade, dirigeante d’Ona Tiss, entreprise créée en 1948 par son grand-père. Nous avons des revendeurs indépendants en Finlande, en Angleterre et au Japon. » Idem chez Artiga : « Nous participons à Maison & Objet depuis 25 ans et comptons plus d’une soixantaine de revendeurs, notamment aux Etats-Unis (côtes est et ouest) et au Japon où nous représentons un savoir-vivre et un savoir-faire à la française. » L’histoire du linge basque écrit encore un nouveau chapitre ! 

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